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L’information est une résistance, entretien avec Salomé Saqué

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Décryptage
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Podcast femmes et médias
Chapeau
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a organisé le 25 février 2025 l’événement « Femmes et médias : les rencontres de l’égalité » pour décrypter les liens entre droits des femmes, médias, et démocratie.
À cette occasion, l’hémicycle du CESE s’est transformé en plateau de radio pour l’enregistrement et la diffusion en direct d’une émission animée par Giulia Foïs (journaliste sur France Inter) et Benoît Bouscarel (journaliste et fondateur de l’Onde Porteuse).
Corps
Dans cet entretien la journaliste Salomé Saqué nous invite à la réflexion autant qu’à l’action.
Le rôle de la société civile pour protéger et renforcer la démocratie…
« La société civile est un lieu de résistance, mais surtout un espace pour renforcer et protéger la démocratie », introduit Salomé Saqué.
Pour la journaliste, la démocratie est aujourd’hui menacée, et des assemblées comme le CESE sont essentielles pour faire vivre la démocratie. Elle insiste : les activités des syndicats et des associations, qui permettent à la société civile de se mobiliser et de participer au processus démocratique, sont cruciales. Ce processus ne se limite pas au vote ou aux élections, mais inclut toutes les actions qui renforcent la démocratie au quotidien.
Les personnes qui cherchent à détruire ces espaces de rassemblement et d'organisation visent souvent à affaiblir les contre-pouvoirs et la démocratie elle-même.
« Dans mon livre "Résister", j'explique les dangers démocratiques posés par certaines mouvances politiques, notamment l'extrême droite. », pour elle ce livre est avant tout une documentation et un appel à la résistance via l'information.
« Il [le livre] montre comment, dans les régimes d'extrême droite, les instances de mobilisation de la société civile, comme les syndicats et les associations, sont systématiquement attaquées. »
Dans un contexte international de désinformation et de montée de l’extrême droite
« On ne bascule pas du jour au lendemain dans un régime autoritaire, c'est rarement très soudain, c'est souvent un processus long, pernicieux, fait de petits renoncements que nous acceptons collectivement », explique Salomé Saqué.
Dans ses réflexions elle prend l’exemple de la France, et développe en expliquant que nous sommes encore en démocratie, mais que celle-ci est de plus en plus entravée. Son livre rappelle que ces droits ne sont jamais complètement acquis et que nous nous devons de les protéger.
« J'ai écrit ce livre durant l'été 2024 en observant les dégradations mondiales en cours. Bien que le livre parle de la France, il s'inscrit dans un contexte international dangereux. Lors de la couverture de la campagne des élections américaines pour Blast, on parlait déjà de risque fasciste. Non pas parce que nous journalistes trouvions qu'il y avait un risque fasciste, mais parce que des spécialistes tels que l'historien Robert Paxton disaient que ce risque était selon lui réel », détaille-t-elle.

Aujourd'hui, de plus en plus de personnes se rendent compte de l'ampleur de la destruction démocratique aux États-Unis.
« La fenêtre d'Overton s'élargit de plus en plus à l'extrême droite, rendant des idées radicales et haineuses de plus en plus modérées. Prenons conscience de cette dynamique en cours. »
Le journalisme, un pilier de la démocratie et un contre-pouvoir
Le journalisme est un des nombreux piliers de la démocratie et ne peut rester neutre face aux périls en cours.
« C'était une manière de rappeler que l'information c'est une résistance. Les partis d'extrême droite s'attaquent aux médias avec virulence. Aux États-Unis, l'information est en train d'être totalement détruite. Le résultat n'est pas que tout le monde croit aux fake news, mais que l'on est complètement brouillé par trop d'informations choquantes, » explique Salomé Saqué.
Ce que défend la journaliste c'est une réalité commune que nous devons conserver : « On peut et on doit garder une diversité d'opinions, mais restons d'accord sur ce qui est vrai et ce qui n'est pas vrai. Le fait que l'information et la science soient attaquées n'est pas un hasard. Cela démobilise et paralyse les citoyens dans leur capacité à se mobiliser. En tant que journaliste, c'est ce qui m'inquiète beaucoup aujourd'hui.
J'ai essayé de démontrer dans mon livre que partager de l'information est une forme de résistance. »
Être une femme journaliste : un prix parfois lourd à payer pour s’exprimer
Une femme a 27 fois plus de probabilité d'être harcelée à partir du moment où elle s'expose sur Internet. Cela concerne toutes les femmes, quel que soit leur niveau d'exposition dans l'espace public et leurs opinions politiques.
73 % des femmes journalistes ont déjà été victimes de harcèlement intense en ligne, et un tiers d'entre elles ont pensé à arrêter leur métier à cause de cela. Ces chiffres pourraient s'étendre aux actrices, chanteuses et toutes les femmes qui prennent la parole dans l'espace public.
Salomé Saqué a elle-même été victime de cyberharcèlement : « J'ai appris à faire face à ce type de harcèlement, qui est effectivement très intense ces derniers temps depuis la publication du livre. »
Le cyberharcèlement est un des nouveaux endroits où s'exerce une domination féroce sur les femmes et les minorités. « On me dit souvent : "Si tu reçois autant de menaces de mort et de viol, tu n'as qu'à ne pas t'exposer." C'est la même rhétorique utilisée pendant des années pour prévenir les femmes de sortir en mini-jupe. »
Elle explique qu’il est nécessaire de changer ces espaces en ligne, qui sont de plus en plus dérégulés par des décisions prises par des géants comme Elon Musk et Mark Zuckerberg.

Le prix à payer pour s'exprimer en ligne est lourd et il y a une forme de double peine pour les femmes, qui reçoivent un dénigrement massif.
« Dans mon cas, on parle parfois de milliers de messages haineux en l'espace de quelques jours. »
Elle peut en parler aujourd'hui car elle a appris à composer même si cela a été profondément choquant et bouleversant. « Imaginez des adolescentes ou des femmes qui, dans le cadre de leur travail, reçoivent des images pornographiques créées avec l'intelligence artificielle. Le choc est immense. Il est vraiment temps que nous nous occupions de ce problème collectivement » insiste Salomé Saqué.
Trouver de la joie dans l’engagement pour se mobiliser collectivement
« Pour faire ce travail de journaliste, j'ai besoin de trouver de la joie et du sens, ainsi que du collectif. Ce lien humain est très précieux. C'est grâce aux autres et aux moments de décompression que je peux continuer, » confie Salomé Saqué.
Pour la journaliste trouver cette source de joie et prendre soin de sa santé mentale sont moteurs pour tenir sur le long terme. « C'est ce qui permet de construire les mouvements dans des sociétés qui font face à des temps assez sombres. Si nous voulons continuer à nous rassembler et à résister, il faut y trouver une forme de joie. Je suis convaincue que l'engagement peut aussi être source de joie, et ce n'est ni naïf ni idéaliste de le rappeler. »
« En nous soutenant les uns les autres et en trouvant des moments de décompression, nous pouvons continuer à résister et à construire des mouvements solides et durables. »
Femmes et médias : les rencontres de l’égalité
Le CESE en partenariat avec Equipop, Ouest-France, Reporters sans frontières, l’Onde Porteuse, Prenons la Une et l’Agence la Fronde, a organisé une journée pour échanger autour des défis liés au secteur des médias, interrogeant les liens entre droits des femmes, médias et démocratie.
- Des ateliers dédiés aux journalistes et aux professionnels des médias ont été organisés le matin par Equipop, Prenons la Une et l’Agence la Fronde.
- Une émission de radio organisée par le CESE et l’Onde Porteuse, en partenariat avec Ouest-France, a été enregistrée et diffusée l’après-midi. 68 radios associatives partenaires ont diffusé l'émission.
- La journée a été clôturée par le vernissage d’une exposition de Reporters sans frontières en collaboration avec le CESE. L’exposition est visible sur les grilles extérieures du CESE pendant tout le mois de mars.
Photos © Katrin Baumann / CESE





