Auguste Perret et le Palais d'Iéna
Le Palais d’Iéna a été imaginé et construit par Auguste Perret, architecte dont le style est marqué par son utilisation du béton. Sa vision marqua d’une empreinte indélébile l’Histoire de l’architecture, et laissa derrière elle des réalisations grandioses, comme le Palais d’Iéna.
De fils de communard à poète du béton
La naissance à Ixelles
A la fin du mois mai 1871, les rues parisiennes sont à feu et à sang. Les Versaillais reprennent une à une les rues et de Paris et écrasent la Commune : c’est la Semaine sanglante. Près de 25 000 communards sont tués au combat ou massacrés par les forces versaillaises.
Parmi les survivants, un tailleur de pierre enrôlé dans les forces communardes : Claude Marie Perret. Il est accusé et condamné à mort pour, d’une part, avoir fait partie des forces fédérés de la Commune de Paris, et d’autre part, pour avoir pris part à l’incendie du Palais Royal. Pour échapper à la mort, il s'exile à Ixelles, au sud de Bruxelles, avec sa femme Pauline.
Son expérience de tailleur de pierre aidant, il y gagne alors sa vie comme contremaître dans le bâtiment, puis comme patron des travaux publics. Le Royaume de Belgique voit alors naître ses trois fils : Auguste (né en 1874), Gustave (1876) et Claude (1880). Ils marqueront ensemble l’Histoire de l’architecture.
Le passage aux Beaux-Arts
Entre 1879 et 1880, sont votées différentes amnisties qui permettent aux communards d’être graciés. La famille Perret rentre à Paris, et Claude Marie y poursuit son activité dans les travaux publics.
A l’âge de 11 ans, Auguste découvre dans la bibliothèque de son père un ouvrage particulier : Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVI siècle de Emmanuel-Eugène Viollet-le-Duc. L’ouvrage de l’architecte qui concrétisa ses plans sur Notre-Dame de Paris ou le Mont Saint-Michel est une révélation pour le jeune Auguste. Il raconte qu’à dix-sept ans :
“Je me suis senti architecte quand notre père me mit dans le bain et me fit construire une maison.”
Il entre alors à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, et reçoit l’enseignement de Julien Guadet, un grand théoricien de l’architecture moderne qui lui transmet la démarche rationaliste et classique des Beaux-Arts, à savoir : la première importance dans l’architecture est de réaliser les caractéristiques pratiques de l'édifice, comme sa solidité et son utilité.
Malgré les mentions et les médailles, Auguste Perret ne finit pas son cursus aux Beaux-Arts et n'obtient pas son diplôme. Sûrement influencé par son père tailleur de pierre et son appétence pour le matériau brut et simple mais travaillé dans les règles de l’art, il oriente alors sa carrière vers le béton armé.
Une vision en béton
Il reprend avec ses frères l’entreprise familiale, et devient l’un des premiers entrepreneurs à employer le béton armé dans la construction. A l’époque, le béton est perçu par le plus grand nombre comme un matériau qui n’est pas esthétique et qui ne présente pas de véritable intérêt. Qu’importe pour Auguste Perret ! Il va choisir de le sublimer en le travaillant dans différentes proportions et dans différentes textures (il va par exemple y ajouter de la matière, comme d’autres pierres qui vont donner un autre grain et une autre brillance au béton).
Il construira tout au long de sa carrière de nombreux édifices, comme l'immeuble de la rue Franklin (1903), le théâtre des Champs-Elysées (1913) ou encore l’église du Raincy (1923). Il redessinera également la Ville du Havre, totalement ravagée par la Seconde Guerre Mondiale.
C’est une mission particulière, confiée par le Gouvernement, qui l’amènera dans les années 1930 à construire ce qui deviendra le Conseil économique, social et environnemental.
La construction du Palais d’Iéna
Les Champs-Elysées de la rive gauche
Au début des années 1930, Paris bruisse d'une nouvelle réjouissante. La ville va accueillir en 1937 une nouvelle exposition universelle : l’Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne.
Auguste Perret est chargé en 1933 d’élaborer le plan de cette nouvelle exposition, dont l’espace dédié s’étend du Champ de Mars à la Colline de Chaillot. Le terrain de jeu doit sembler trop petit, car Perret avance une proposition pour le moins révolutionnaire : si la rive droite de la Seine a ses Champs-Elysées, la rive gauche le devrait également. Il propose de compléter les travaux du Baron Haussmann et de doter Paris d’un axe monumental entre la Porte Dauphine et la Place d’Italie. À l’emplacement du Trocadéro, il imagine une « cité des musées » et un théâtre de dix mille places.
Si ce projet monumental séduit de nombreux artistes, intellectuels et architectes à l’époque, la chute du gouvernement Daladier, en 1934, entraîne l’abandon de ce projet grandiose.
Un palais pour un musée
En guise de lot de consolation, Auguste obtient cependant deux commandes prestigieuses, le Mobilier National et le Musée des Travaux Publics. Le premier se situera dans le 13ème arrondissement de Paris, proche de la Place d’Italie. Le second prendra ses quartiers sur la Colline de Chaillot, proche du Trocadéro, et prendra le nom de l’avenue qui l’accueille : le Palais d’Iéna.
Le nouveau Musée était destiné à devenir le Musée des Travaux Publics et avait pour objectif de présenter au public des maquettes de barrages, de ponts, de phares, de balises... censés devenir un motif de fierté nationale dans un contexte de crise économique où les grands travaux publics créent de l’emploi.
Ce bâtiment est pensé par Auguste Perret comme un triangle. Il y déploie sa doctrine :
" Le béton se suffit à lui-même.”
© Fonds Perret, Auguste et Perret frères. CNAM/SIAF/CAPa/Archives d'architecture du XXe siècle/Auguste Perret/UFSE/SAIF/2014. 535 AP 205/13
Auguste Perret n’a jamais pu le terminer : l'aile de l'avenue du Président Wilson a été construite en 1962 par Paul Vimond pour l'Union de l'Europe occidentale. Celle de l'avenue Albert-de-Mun a été réalisée en 1995, par Gilles Bouchez, à l'issue d'un concours.
- Le Palais d’Iéna, Joseph ABRAM, Paris, éd. du Patrimoine, 2000.
- Auguste Perret : anthologie des écrits, conférences et entretiens, documents réunis et présentés par Christophe Laurent, Guy Lambert et Joseph Abram, Paris, éd. du Moniteur, 2006.
- Le Conseil économique et social, in Paris, lieux de pouvoir et de citoyenneté, Alain CHATRIOT, Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 2006, pp. 63-67.