À la maternité de Saint-Denis, des soignants face à la précarité

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Reportage sur le terrain avec la DDFE
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"Être précaire ne doit pas être un motif pour moins bien soigner les gens."

Dr. Stéphane Bounan, Gynécologie-obstétrique, Chef de service du pôle Femmes périnatalité, Hôpital Delafontaine (Saint-Denis) (Centre hospitalier de Saint-Denis)

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Mardi 13 mai, les membres de la Délégation aux Droits des Femmes et à l'Égalité se sont rendus à la maternité du centre hospitalier Delafontaine de Saint-Denis pour rencontrer les membres du personnel et visiter les locaux. Ce déplacement s’inscrit dans le cadre des travaux menés par le CESE : « Inégalités de genre et santé des femmes au prisme de la périnatalité ». 

Pour comprendre le fonctionnement et les enjeux de la maternité, les membres de la délégation ont rencontré plusieurs acteurs : 

  • Yohann Mourier, Directeur administratif et financier ;
  • Stéphane Bounan, Chef de service de la Maternité
  • Marianne Sonda, Cadre à la Maison des Femmes ;
  • Catherine LEGUAY-PORTADA, Directrice déléguée
  • Martine Mabiala Moussirou, Cadre supérieur de pôle Femme-Périnatalité. 

La journée a débuté par un temps d’échange avec une présentation du fonctionnement de la maternité ainsi que de sa population et des difficultés qu’elle rencontre avant de se poursuivre par une visite des locaux. 

Précarité et Santé, une corrélation expliquée par le chef de service de la maternité

Située dans le quartier le plus pauvre de Saint-Denis, la patientèle de l’hôpital est touchée par une précarité à plusieurs niveaux. La maternité reçoit des patientes dont les grossesses sont à haut risque avec des pathologies graves, réalise les soins techniques, accueille les prématurés… 

Il existe une corrélation scientifiquement prouvée entre les conditions socio-économiques de vie et l’état de santé. L’accès au soin, l’alimentation et les pathologies qui en découlent ou encore la priorisation de la santé sont relayés au second plan par ces femmes, dont les priorités sont différentes : se loger, se nourrir, subvenir aux besoins de leur famille, obtenir des papiers... 

Face à cette précarité prépondérante, les soignants de l’hôpital Delafontaine ont un seul objectif : offrir une qualité de soins à leurs patientes identique à celle des autres centres de soins parisiens. 

"Il ne doit pas y avoir d’autres façons de soigner les gens en situation difficile". Dr. Stéphane Bounan

Cet objectif demande à l’hôpital des efforts supplémentaires qui doit internaliser de plus en plus de services en l'absence d'un réseau de santé libéral, inexistant dans la ville de Saint-Denis. 

" C’est le fait d’être confronté aux problèmes et/ou au public spécifique qui permet de proposer la mise en place de dispositifs "

Martine Mabiala Moussirou

Confrontés à des problématiques spécifiques selon les patientes, la maternité et son personnel ont développé des services et des programmes adaptés. VIH, diabète, obésité, drépanocytose, la maternité dispose des services nécessaires pour prendre en charge les patientes.

En parallèle, les soignants de la maternité ont décidé de mettre en place des programmes de suivi de santé : 

  • Le programme "Mam’en forme", qui accompagne la grossesse des femmes en situation d’obésité et propose un suivi diététique, sportif, psychologique et de soins.
  • "L’unité de psychopathologie périnatale" propose un suivi psychologique et psychiatrique spécialisé autour de la périnatalité permettant de prendre en charge les troubles du lien mère-enfant, les préventions du risque suicidaire ou encore les maladies psychiatriques.
  • "L’unité des patientes en errance" prend en charge les patientes en rupture de soin ou d’hébergement, évitant ainsi qu’une maman ne se retrouve sans logement à l’arrivée de son enfant et ce, grâce à l’aide de gynécologues, sage-femmes, diététiciennes et assistantes sociales.
  • Le "parcours complexe" propose un suivi social et médical aux femmes qui combinent différentes vulnérabilités nécessitant une coordination des soins.

La multiplicité de ces parcours tente de répondre aux difficultés vécues par ces femmes : viols, mutilations, violences conjugales, pathologies psychiatriques ou psychologiques, précarités financières, absence de logement, parcours migratoire compliqué…

Les soignants n’ont pas manqué de signaler les difficultés qu’ils rencontrent. 

Si les initiatives fleurissent au sein de la maternité, ce n’est pas sans contrainte. L’équipe médicale a rappelé les difficultés législatives et financières auxquelles ils sont confrontés dans le déploiement des dispositifs et leur pérennité.

Les financements accordés par les régions ne suffisent pas à combler les besoins de cet hôpital, particulièrement touché par la précarité. Selon ses membres, il serait judicieux de repenser la distribution de ces fonds régionaux, proportionnellement au degré de précarité qui touche chaque hôpital. 

Les contraintes sont aussi matérielles et humaines, avec un manque de personnel, depuis le Covid-19, qui limite le nombre de lits ouvert. L’hôpital connait des difficultés de recrutement, mais aussi un fort turn over de ses équipes médicales, épuisées face à la difficulté des situations rencontrées au quotidien.  

L’équipe médicale de la maternité a également alerté les membres du CESE sur la nécessité de revaloriser la prévention.

Au sein des programmes déployés, les soignants ont à cœur d’inclure des temps de prévention des risques auprès des femmes enceintes. La prévention, moins rentable que les interventions médicales, constitue un des piliers essentiels pour aider ces femmes à sortir de la précarité et devrait, selon eux, faire l’objet d’une revalorisation financière.

 

Les échanges de la journée, très enrichissants, ont été orientés sur une sensibilisation et une prévention dû aux spécificités et aux difficultés rencontrées par la patientèle.

 

La Maison des Femmes de Saint-Denis : 1ère Maison des Femmes en France, La Maison des Femmes de Saint-Denis a été créée en 2016 par la Dr Ghada Hatem. Ce dispositif, rattaché à l’hôpital Delafontaine, est un lieu de prise en charge des femmes victimes de violences. 
La Maison des Femmes est composée de 4 unités de soins différentes : l’unité Santé sexuelle et IVG, l’unité Mutilations sexuelles féminines, l’unité Violences conjugales, intrafamiliales, sexuelles et sexistes et l’unité Coralis pour les victimes d’agressions sexuelles et de viols. L’approche pluridisciplinaire des soins proposés par le dispositif permet une prise en charge à 360° des femmes, optimisant au mieux leur reconstruction. 
Structure encore récente, les Maisons des Femmes se déploient progressivement, partout en France, avec une cinquantaine de maisons en cours de développement.